Enjeux planétaires contemporains

Les climats de la Terre

Climats passés, indices, changement climatique actuel et modèles

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Ce que tu dois savoir faire
  • Décrire le réchauffement actuel et le relier à l'augmentation des gaz à effet de serre d'origine humaine
  • Expliquer l'effet de serre, le bilan radiatif et le rôle des rétroactions positives et négatives
  • Exploiter des indices (δ¹⁸O des glaces et des foraminifères, pollens, bulles d'air, sédiments, fossiles) pour reconstituer un climat passé
  • Relier les cycles glaciaires du Quaternaire aux paramètres orbitaux de la Terre, amplifiés par des rétroactions
  • Expliquer les grandes variations climatiques plus anciennes par les variations du (volcanisme, altération, enfouissement de matière organique)
  • Utiliser les résultats des modèles et des scénarios pour discuter l'atténuation et l'adaptation

1. Le réchauffement actuel : les constats

Définition — Météo et climat

La météo est l'état de l'atmosphère à un instant et en un lieu. Le climat est la moyenne des conditions météorologiques (température, précipitations, vents…) sur une longue période, au moins ans. Une journée froide ne contredit pas un réchauffement climatique.

Ce qu’on mesure depuis le XIXᵉ siècle

GrandeurAvant l’ère industrielleAujourd’hui
température moyenne de surfaceréférence 1850-1900+1,1 °C en 2011-2020 ; 2024 est la première année au-delà de +1,5 °C
atmosphériqueenviron 280 ppmplus de 420 ppm (2023)
méthane environ 0,7 ppmplus de 1,9 ppm (multiplié par plus de 2,5)
niveau moyen des océansréférence 1901+20 cm environ (1901-2018), et la montée s'accélère
pH de surface des océansenviron 8,2environ 8,1 (acidification)
19601970198019902000201020203003203403603804004201960 : 317 ppmCO₂ (ppm), Mauna Loa

La « courbe de Keeling » (ajustement des moyennes annuelles mesurées à Mauna Loa, Hawaï, avec l'oscillation saisonnière) : ppm en 1960, ppm en 2023. Chaque année, le baisse au printemps et en été de l'hémisphère Nord (photosynthèse des forêts boréales) puis remonte en hiver. La tendance de fond, elle, accélère.

Propriété — Une origine humaine établie

La hausse du provient de la combustion des combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz), de la déforestation et de la production de ciment. Plusieurs indices le confirment :

  • les quantités émises sont connues et suffisent largement à expliquer la hausse (environ la moitié reste dans l'atmosphère) ;
  • le carbone fossile, très ancien, ne contient plus de et est pauvre en : la proportion de ces isotopes dans le atmosphérique diminue, signature d'un carbone d'origine végétale fossile ;
  • le dioxygène atmosphérique diminue légèrement, comme l'exige une combustion.

Le GIEC (2021) conclut qu'il est sans équivoque que l'influence humaine a réchauffé l'atmosphère, l'océan et les terres.

Propriété — Pourquoi la mer monte
  • La dilatation thermique : l'eau de mer qui se réchauffe occupe plus de volume.
  • La fonte des glaces continentales (glaciers de montagne, calottes du Groenland et de l'Antarctique), dont l'eau rejoint l'océan.

La fonte de la banquise, glace de mer qui flotte déjà, ne fait presque pas monter le niveau (comme un glaçon qui fond dans un verre) — mais elle diminue l'albédo et amplifie le réchauffement.

2. Effet de serre, cycle du carbone et rétroactions

Le bilan radiatif de la Terre

ESPACE atmosphère gaz à effet de serre : H₂O, CO₂, CH₄, N₂O… SURFACE : +15 °C en moyenne (environ −18 °C s'il n'y avait pas d'effet de serre) 340 reçus ≈ 100 réfléchis (albédo ≈ 0,3) ≈ 398 émis par la surface (infrarouge) ≈ 342 renvoyés vers la surface ≈ 240 infrarouges vers l'espace Moyennes planétaires en W/m² (GIEC, 2021)

La Terre reçoit du rayonnement solaire (surtout visible) et émet de l'infrarouge. Les gaz à effet de serre absorbent une partie de cet infrarouge et en renvoient vers la surface, qui est ainsi plus chaude.

Définition — Effet de serre

Les gaz à effet de serre (vapeur d'eau, , , , ozone) laissent passer l'essentiel du rayonnement solaire mais absorbent le rayonnement infrarouge émis par la surface, puis le réémettent dans toutes les directions, en partie vers le sol. Sans cet effet de serre naturel, la température moyenne serait d'environ °C au lieu de °C. Le problème actuel est son renforcement par les émissions humaines.

Définition — Albédo

Fraction du rayonnement solaire réfléchie par une surface, entre et . La neige fraîche a un albédo élevé (jusqu'à ), l'océan un albédo faible (moins de ). L'albédo moyen de la Terre est d'environ .

Le cycle du carbone et la perturbation humaine

Atmosphère ≈ 900 GtC + 5 GtC par an Végétation et sols ≈ 2 000 GtC (+ pergélisol ≈ 1 400) Océan ≈ 38 000 GtC surtout dissous (HCO₃⁻) Combustibles fossiles charbon, pétrole, gaz Roches sédimentaires (calcaires…) l'essentiel du carbone : des dizaines de millions de GtC respiration, décomposition ≈ 120 photosynthèse ≈ 120 échanges océan-air ≈ 80 combustion ≈ 10 + déforestation ≈ 1 Puits nets actuels : océan ≈ 3 et végétation ≈ 3 GtC/an — le reste s'accumule dans l'air. Stocks en GtC (milliards de tonnes de carbone), flux en GtC/an : ordres de grandeur.

Les flux naturels (photosynthèse, respiration, échanges océan-air) sont énormes mais presque équilibrés. Les émissions humaines, environ GtC par an, rompent cet équilibre.

Propriété — Les rétroactions

Une rétroaction est un mécanisme déclenché par un changement de température et qui, en retour, modifie cette température.
Rétroactions positives (elles amplifient la perturbation) :

  • vapeur d'eau : un air plus chaud contient plus de vapeur d'eau, gaz à effet de serre ;
  • albédo : la fonte de la neige et des glaces découvre des sols ou des océans sombres, qui absorbent plus ;
  • dégel du pergélisol : la matière organique gelée se décompose et libère et ;
  • solubilité : un océan plus chaud dissout moins de .

Rétroactions négatives (elles atténuent) : une surface plus chaude émet davantage d'infrarouge vers l'espace ; une hausse du stimule la photosynthèse.

Piège fréquent

Ne confonds pas effet de serre et trou dans la couche d'ozone : ce sont deux problèmes différents. Le trou d'ozone (lié aux CFC) laisse passer plus d'ultraviolets ; il n'est pas la cause du réchauffement.

3. Les climats du Quaternaire : glaciations et interglaciaires

Depuis environ millions d'années (le Quaternaire), le climat alterne entre périodes glaciaires et interglaciaires. Depuis ans, ces cycles ont une période d'environ ans. Nous vivons dans un interglaciaire, l'Holocène, commencé il y a environ ans.

Définition — Le δ¹⁸O

L'oxygène existe sous deux isotopes stables principaux, (léger, très majoritaire) et (lourd). On compare le rapport d'un échantillon à celui d'une référence (l'eau de mer standard) :

exprimé en ‰ (pour mille). Un négatif signifie que l'échantillon est plus pauvre en que la référence.

Le δ¹⁸O, un thermomètre

OCÉAN (zone tropicale) δ¹⁸O ≈ 0 ‰ — garde les molécules lourdes calotte de glace neige : δ¹⁸O de −30 à −55 ‰ évaporation : la vapeur est appauvrie en ¹⁸O En se refroidissant vers les pôles, la masse d'air perd d'abord les molécules lourdes (H₂¹⁸O) : plus il fait froid, plus la neige est pauvre en ¹⁸O (δ¹⁸O très négatif).

Les molécules d'eau contenant s'évaporent moins facilement et condensent plus facilement. En voyageant vers les pôles, la vapeur s'appauvrit en , d'autant plus qu'il fait froid.

Lire le δ¹⁸O : deux archives, deux sens contraires

ArchivePériode glaciairePourquoi ?
glace des calottes (forages en Antarctique, au Groenland)δ¹⁸O plus bas (plus négatif)plus il fait froid, plus la neige qui tombe est pauvre en oxygène 18
carbonate des foraminifères (sédiments marins)δ¹⁸O plus élevél’oxygène 16 est stocké dans les immenses calottes : l’océan restant s’enrichit en oxygène 18, et l’eau froide accentue cet enrichissement dans le calcaire des coquilles
Piège fréquent

C'est le piège n°1 de ce chapitre : un δ¹⁸O élevé signifie « froid » pour un foraminifère, mais « chaud » pour la glace. Précise toujours de quelle archive tu parles avant d'interpréter.

Les autres indices

IndiceCe qu’il indique
bulles d'air piégées dans la glacela composition de l'atmosphère passée : et (jusqu'à ans en Antarctique)
pollens des sédiments de lacs et tourbièresla végétation passée, donc le climat (toundra = froid, chênaie = tempéré) — on applique le principe d’actualisme
moraines, blocs erratiques, roches striéesl’extension passée des glaciers
fossiles (coraux, faune, flore)les conditions de vie, par comparaison avec les espèces actuelles
Exemple — Le dernier maximum glaciaire, il y a environ 21 000 ans
  • Des calottes de à km d'épaisseur recouvrent le nord de l'Amérique et de l'Europe.
  • Le niveau des mers est environ m plus bas : on pouvait aller à pied de France en Angleterre.
  • La température moyenne mondiale est inférieure d'environ à °C à la température préindustrielle.
  • Le atmosphérique est d'environ à ppm, contre ppm dans les interglaciaires récents.
Propriété — La cause : les paramètres orbitaux… amplifiés

L'orbite et l'inclinaison de la Terre varient lentement (théorie de Milankovitch) :

  • l'excentricité de l'orbite (périodes d'environ et ans) ;
  • l'obliquité, inclinaison de l'axe, entre et (période d'environ ans) ;
  • la précession, orientation de l'axe (période d'environ ans).

Ces variations modifient la répartition de l'insolation selon les saisons et les latitudes, surtout en été aux hautes latitudes de l'hémisphère Nord : un été trop faible ne fait plus fondre la neige de l'hiver, et une calotte se forme. L'effet direct est faible, mais il est amplifié par des rétroactions positives : albédo des calottes et variations du (un océan froid dissout davantage de ). D'où la corrélation remarquable entre température et dans les carottes de glace.

4. Les climats plus anciens

Sur des millions d'années, ce ne sont plus les paramètres orbitaux qui dominent, mais la teneur en de l'atmosphère, elle-même contrôlée par la géologie : le volcanisme en libère, l'altération des silicates et l'enfouissement de matière organique en retirent.

Propriété — Retirer du CO₂ sur le long terme : l’altération des silicates

Sur les continents, l'eau chargée de dissout lentement les minéraux silicatés des roches. Les ions produits rejoignent l'océan, où ils précipitent sous forme de calcaire. Avec un silicate simplifié :

Bilan : — une molécule de est piégée dans la roche pour chaque molécule de silicate altérée. Ce piégeage est d'autant plus fort que les reliefs sont jeunes, élevés et arrosés (érosion intense).

Trois grands épisodes

PériodeClimatIndicesExplication
fin du Carbonifère - début du Permien (≈ 300 Ma)glaciation : une calotte sur le Gondwana, alors au pôle Sudtillites (anciennes moraines) en Afrique, Inde, Amérique du Sud, Australie, Antarctiquebaisse du : immenses forêts dont la matière organique est enfouie (charbon), altération de la chaîne hercynienne
Crétacé (≈ 145-66 Ma)très chaud, sans calotte polaire, mers hautesfossiles de récifs et de reptiles à hautes latitudes, sédiments marins sur les continents élevé : forte activité des dorsales et grands épanchements volcaniques
Cénozoïque (depuis ≈ 50 Ma)refroidissement ; calotte antarctique vers 34 Maδ¹⁸O des foraminifères qui augmentebaisse du par l'altération des silicates des chaînes de montagnes récentes (Himalaya) ; isolement thermique de l'Antarctique par un courant circumpolaire
Exemple — Mesurer un CO₂ ancien avec des feuilles fossiles

L'indice stomatique d'une feuille (proportion de stomates parmi les cellules de l'épiderme) diminue quand le augmente : la plante a besoin de moins de pores pour capter son carbone. En comptant les stomates de feuilles fossiles d'une espèce encore actuelle (le ginkgo, par exemple), on estime la teneur en passée.

Conseil bac

Au bac, retiens l'échelle de temps associée à chaque cause : paramètres orbitaux → dizaines de milliers d'années (Quaternaire) ; géologie (, position des continents) → millions d'années ; activités humaines → décennies. Le réchauffement actuel est beaucoup plus rapide que les variations naturelles passées.

5. Modéliser l’avenir et agir

Définition — Modèle climatique

Programme informatique qui découpe l'atmosphère, l'océan et les terres en millions de cellules et y résout les lois de la physique (mouvement des fluides, rayonnement, cycle de l'eau, cycle du carbone…). On teste un modèle en vérifiant qu'il reproduit les climats passés (le XXᵉ siècle, le dernier maximum glaciaire) ; on l'utilise ensuite pour des projections.

Réchauffement projeté en 2081-2100 (par rapport à 1850-1900)

Scénario d’émissionsDescriptionMeilleure estimation
SSP1-1.9émissions nettes nulles vers 2050+1,4 °C
SSP1-2.6forte baisse des émissions+1,8 °C
SSP2-4.5émissions stables puis en baisse lente+2,7 °C
SSP3-7.0émissions qui doublent d’ici 2100+3,6 °C
SSP5-8.5émissions très élevées+4,4 °C

Ces chiffres (GIEC, 2021) montrent que l'avenir dépend surtout de nos émissions, bien plus que des incertitudes des modèles. Le réchauffement est à peu près proportionnel à la quantité totale de émise depuis le début de l'ère industrielle : chaque tonne compte, et le émis reste des siècles dans l'atmosphère.

Propriété — Des conséquences pour la santé
  • Vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses : la canicule d'août 2003 a causé environ décès en excès en France, surtout chez les personnes âgées.
  • Maladies à vecteurs : le moustique tigre (Aedes albopictus), vecteur de la dengue et du chikungunya, est désormais installé dans la plupart des départements métropolitains.
  • Pollution et allergies : saisons polliniques plus longues, ozone de basse altitude favorisé par la chaleur.
  • Sécurité alimentaire et eau : sécheresses, baisse de rendements dans les régions déjà chaudes.

La santé publique fait partie des enjeux climatiques : le GIEC et l'OMS considèrent le changement climatique comme une menace sanitaire majeure.

Définition — Atténuation et adaptation
  • Atténuer, c'est limiter le réchauffement en réduisant les émissions (sobriété, efficacité énergétique, énergies décarbonées) et en renforçant les puits de carbone (forêts, sols).
  • S'adapter, c'est réduire la vulnérabilité aux changements devenus inévitables (végétaliser les villes, adapter les cultures, protéger les côtes, plans canicule).

L'accord de Paris (2015) vise à contenir le réchauffement bien en dessous de °C et à poursuivre les efforts pour le limiter à °C, ce qui suppose d'atteindre la neutralité carbone (émissions nettes nulles) vers le milieu du siècle.

Conseil bac

Les sujets du bac demandent souvent de critiquer une solution (planter des arbres, capter le …). Raisonne en flux et en durée : la solution retire-t-elle autant de carbone que ce qu'on émet ? Pour combien de temps ce carbone est-il stocké ? Une forêt qui brûle relâche son carbone.

L’essentiel à retenir

  1. Le climat est une moyenne sur au moins 30 ans ; depuis 1850-1900 la surface s'est réchauffée d'environ °C (2011-2020).
  2. Le est passé d'environ 280 ppm à plus de 420 ppm, à cause des combustibles fossiles et de la déforestation ; environ la moitié du émis reste dans l'air.
  3. Effet de serre : les gaz à effet de serre absorbent l'infrarouge émis par la surface et en renvoient vers elle ; sans lui, la Terre serait à environ °C.
  4. Rétroactions positives (vapeur d'eau, albédo, pergélisol, solubilité du ) : elles amplifient toute perturbation.
  5. δ¹⁸O : dans la glace, plus bas = plus froid ; dans les foraminifères, plus élevé = plus froid (glace stockée sur les continents).
  6. Quaternaire : cycles glaciaires d'environ ans, déclenchés par les paramètres orbitaux (Milankovitch) et amplifiés par l'albédo et le .
  7. Sur des millions d'années, le est contrôlé par le volcanisme (source), l'altération des silicates et l'enfouissement de matière organique (puits).
  8. Carbonifère-Permien : glaciation ; Crétacé : très chaud ; Cénozoïque : refroidissement (Himalaya, Antarctique englacé vers 34 Ma).
  9. Les modèles projettent de à °C selon les scénarios : l'avenir dépend surtout des émissions. Atténuer et s'adapter sont complémentaires.

Et pour t’entraîner : 10 QCM corrigés et 4 exercices type bac, avec indices et corrections rédigées.

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