Corps humain et santé
Contraction musculaire et apport d’énergie
Cellule musculaire, ATP, métabolismes et contrôle de la glycémie
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- Décrire l'organisation d'une fibre musculaire, jusqu'au sarcomère, et expliquer la contraction par le glissement de l'actine et de la myosine
- Relier la commande nerveuse, le calcium et l'ATP dans le déclenchement de la contraction
- Comparer respiration et fermentation lactique (lieux, conditions, rendement) et situer la phosphocréatine
- Expliquer comment les réserves (glycogène, triglycérides) et les hormones pancréatiques maintiennent la glycémie
- Relier les diabètes de type 1 et de type 2 à un dérèglement de cette régulation
1. La cellule musculaire, une machine à se raccourcir
Un muscle squelettique est formé de fibres musculaires : des cellules géantes (plusieurs centimètres de long), plurinucléées car issues de la fusion de nombreuses cellules embryonnaires. Leur cytoplasme est rempli de myofibrilles, elles-mêmes formées d'une répétition d'unités contractiles : les sarcomères. L'alternance régulière des sarcomères donne au muscle son aspect strié au microscope.
Portion de myofibrille comprise entre deux stries Z. Il contient deux types de filaments protéiques qui s'interpénètrent :
- les filaments fins d'actine, accrochés aux stries Z ;
- les filaments épais de myosine, au centre, portant des têtes capables de se lier à l'actine.
Le glissement des filaments
Lors de la contraction, aucun filament ne raccourcit : les filaments d'actine glissent entre les filaments de myosine vers le centre du sarcomère. La bande A (longueur des myosines) est constante ; la zone H et les bandes I diminuent.
- Une tête de myosine, « armée » par l'hydrolyse d'une molécule d'ATP (), se fixe sur l'actine.
- Elle pivote et tire le filament d'actine vers le centre du sarcomère.
- La fixation d'une nouvelle molécule d'ATP la détache de l'actine ; son hydrolyse la réarme.
Des milliers de têtes répètent ce cycle de façon décalée : les sarcomères raccourcissent, donc la fibre, donc le muscle. L'ATP fournit l'énergie du mouvement et permet le détachement.
Après la mort, l'ATP n'est plus produit. Les têtes de myosine restent fixées à l'actine, faute d'ATP pour les détacher : les muscles se bloquent. Cette rigidité, qui apparaît quelques heures après le décès, est utilisée en médecine légale pour estimer l'heure de la mort.
« Les filaments raccourcissent » est faux. Ce sont les sarcomères qui raccourcissent, parce que les filaments glissent les uns par rapport aux autres. Sur un schéma, garde des filaments de même longueur au repos et en contraction.
2. De la commande nerveuse à la contraction
Le couplage excitation-contraction
Le message nerveux du motoneurone déclenche un potentiel d'action musculaire, qui provoque la libération de calcium à l'intérieur de la fibre.
- Au niveau de la plaque motrice (synapse neuromusculaire), le motoneurone libère de l'acétylcholine.
- Elle déclenche un potentiel d'action musculaire, qui se propage le long de la membrane de la fibre et s'enfonce dans la cellule.
- Ce PA provoque la libération d'ions calcium stockés dans le réticulum sarcoplasmique.
- Le démasque les sites de fixation de la myosine sur l'actine : les têtes de myosine peuvent s'y fixer, les filaments glissent.
Quand les PA cessent, le est repompé dans le réticulum — un transport qui consomme lui aussi de l'ATP — et le muscle se relâche.
Les myopathies sont des maladies du muscle lui-même. La plus fréquente chez l'enfant, la myopathie de Duchenne, touche environ un garçon sur . Elle est due à la mutation d'un gène porté par le chromosome X qui code la dystrophine, une protéine qui arrime les myofibrilles à la membrane. Sans elle, la membrane se déchire à chaque contraction et les fibres dégénèrent progressivement. Transmise par des mères souvent porteuses saines, elle illustre la transmission liée à l'X ; elle fait l'objet d'essais de thérapie génique.
3. Produire l’ATP
Une fibre ne contient que de quoi soutenir deux à trois secondes d'effort intense en ATP. Elle doit donc le régénérer en permanence, à partir de trois sources qui diffèrent par leur vitesse et leur durée.
Les voies métaboliques de la fibre musculaire
La glycolyse a lieu dans le cytoplasme. Ensuite, deux voies : avec du dioxygène, l'oxydation complète du pyruvate dans la mitochondrie (respiration) ; sans dioxygène en quantité suffisante, la réduction du pyruvate en lactate (fermentation). R' désigne un transporteur d'électrons, R'H₂ sa forme réduite.
Le bilan global de la respiration. La fermentation lactique, elle, donne (acide lactique, présent dans la cellule sous forme de lactate) et seulement ATP.
Trois façons de régénérer l’ATP
| Voie | Phosphocréatine | Fermentation lactique | Respiration |
|---|---|---|---|
| réaction | glucose → 2 lactate | glucose + → + | |
| lieu | cytoplasme | cytoplasme | cytoplasme puis mitochondrie |
| besoin de | non | non | oui |
| ATP par glucose | — | 2 | environ 36 |
| vitesse | immédiate | rapide | plus lente à se mettre en route |
| durée | quelques secondes | de l’ordre de la minute | des heures |
| effort typique | saut, haltérophilie | 400 m | marathon |
Le chiffre de ATP par glucose est celui que retiennent les manuels ; les mesures récentes donnent plutôt une trentaine. Retiens surtout l'ordre de grandeur : la respiration rapporte environ à fois plus que la fermentation. Autre idée reçue : le lactate n'est pas la cause des courbatures du lendemain (ce sont des microlésions des fibres) ; il est d'ailleurs réutilisé par le cœur et le foie.
- Les fibres lentes (type I), rouges, riches en mitochondries et en myoglobine (qui stocke le dioxygène), fonctionnent surtout par respiration : peu puissantes, mais résistantes à la fatigue. Elles dominent chez le marathonien.
- Les fibres rapides (type II), plus claires, pauvres en mitochondries mais riches en glycogène et en enzymes de la glycolyse, fonctionnent surtout par fermentation : puissantes mais vite fatiguées. Elles dominent chez le sprinteur.
La proportion de chaque type dépend en partie de la génétique ; l'entraînement modifie surtout leurs capacités (plus de mitochondries et de capillaires en endurance, plus de myofibrilles en force).
4. Les réserves et le contrôle de la glycémie
Concentration de glucose dans le plasma sanguin. À jeun, elle est maintenue autour de g/L (entre et g/L environ), alors que les apports (repas) sont discontinus et que la consommation varie énormément (repos, effort). La glycémie est un paramètre réglé.
Les réserves énergétiques
| Réserve | Lieu | Quantité (adulte) | Utilisation |
|---|---|---|---|
| glucose sanguin | plasma | environ 5 g | tous les organes, surtout le cerveau |
| glycogène hépatique | foie | environ 100 g | libéré dans le sang sous forme de glucose |
| glycogène musculaire | muscles | environ 300 à 400 g | utilisé par le muscle lui-même uniquement |
| triglycérides | tissu adipeux | plusieurs kilogrammes | acides gras oxydés par les muscles lors des efforts longs |
Le foie est le seul organe capable à la fois de stocker le glucose en glycogène (glycogénogenèse), de libérer du glucose dans le sang en hydrolysant ce glycogène (glycogénolyse), et d'en fabriquer à partir d'autres molécules — lactate, acides aminés, glycérol (néoglucogenèse). Le muscle, lui, ne peut pas libérer de glucose dans le sang : son glycogène est réservé à son propre usage.
La régulation de la glycémie
Deux hormones aux effets opposés, produites par les îlots de Langerhans du pancréas, corrigent tout écart de la glycémie par rapport à sa valeur de consigne : c'est une rétroaction négative.
Insuline et glucagon
| Hormone | Insuline | Glucagon |
|---|---|---|
| sécrétée par | cellules β des îlots de Langerhans | cellules α des îlots de Langerhans |
| stimulus | hausse de la glycémie | baisse de la glycémie |
| cellules cibles | foie, muscles, tissu adipeux | essentiellement le foie |
| effets | entrée du glucose dans les cellules, synthèse de glycogène et de triglycérides | glycogénolyse et néoglucogenèse : libération de glucose |
| bilan | hypoglycémiante | hyperglycémiante |
Allure de la glycémie (g/L) au cours des heures qui suivent l'ingestion de g de glucose (test d'hyperglycémie provoquée). Pointillés : g/L (seuil du diabète à jeun) et g/L (seuil à h). Chez la personne non diabétique, la glycémie revient à sa valeur initiale en deux à trois heures.
Les muscles qui travaillent prélèvent beaucoup plus de glucose dans le sang — et l'effort favorise par lui-même cette entrée, même quand l'insuline diminue. Pourtant la glycémie reste stable : la sécrétion d'insuline baisse, celle de glucagon augmente (ainsi que celle de l'adrénaline), et le foie libère du glucose. Lors d'un effort prolongé, les acides gras issus du tissu adipeux prennent une part croissante.
5. Quand la régulation échoue : les diabètes
On parle de diabète quand la glycémie à jeun est supérieure ou égale à g/L à deux reprises (ou à g/L à n'importe quel moment avec des symptômes). En France, près de millions de personnes sont traitées pour un diabète.
Deux maladies différentes
| Diabète | Type 1 | Type 2 |
|---|---|---|
| fréquence | environ 10 % des cas | environ 90 % des cas |
| âge de début | souvent enfant ou adulte jeune | le plus souvent après 40 ans, de plus en plus tôt |
| cause | maladie auto-immune : le système immunitaire détruit les cellules β → plus d'insuline | insulinorésistance : les cellules cibles répondent mal à l'insuline, puis le pancréas s'épuise |
| facteurs | prédisposition génétique et facteurs environnementaux mal connus | prédisposition génétique + surpoids, sédentarité, alimentation déséquilibrée |
| traitement | injections d'insuline à vie | activité physique, alimentation, médicaments, parfois insuline |
Une hyperglycémie chronique abîme les vaisseaux sanguins et les nerfs : atteintes de la rétine (le diabète est une cause majeure de cécité), des reins (insuffisance rénale, dialyse), des nerfs des pieds (plaies qui cicatrisent mal, amputations), risque accru d'infarctus et d'AVC. Un diabète de type 2 peut rester silencieux des années : d'où l'importance du dépistage.
Les muscles sont le principal lieu de stockage du glucose après un repas. L'activité physique régulière augmente la sensibilité des muscles à l'insuline, et la contraction fait entrer du glucose même sans insuline. C'est pourquoi l'activité physique fait partie, au même titre qu'un médicament, du traitement du diabète de type 2 — et de sa prévention.
Face à une courbe de glycémie et d'insulinémie, distingue les deux types : insuline effondrée → type 1 (défaut de production) ; insuline normale ou élevée mais glycémie qui reste haute → type 2 (défaut d'action). Le raisonnement « hormone présente mais sans effet » est un grand classique.
L’essentiel à retenir
- Fibre musculaire = cellule plurinucléée remplie de myofibrilles, formées de sarcomères (de strie Z à strie Z) d'actine et de myosine.
- Contraction : les filaments d'actine glissent entre ceux de myosine ; la bande A est constante, la zone H et les bandes I raccourcissent.
- Les têtes de myosine hydrolysent l'ATP pour tirer sur l'actine ; il faut aussi de l'ATP pour s'en détacher (sans ATP : rigidité).
- Acétylcholine → PA musculaire → libération de par le réticulum sarcoplasmique → glissement des filaments.
- ATP régénéré par la phosphocréatine (immédiat, quelques secondes), la fermentation lactique (2 ATP/glucose, sans ) et la respiration (≈ 36 ATP/glucose, avec , mitochondrie).
- Glycémie ≈ 1 g/L : le foie stocke (glycogène), libère et fabrique du glucose ; le glycogène musculaire ne sert qu'au muscle.
- Insuline (cellules β, hypoglycémiante) et glucagon (cellules α, hyperglycémiante) : régulation par rétroaction négative.
- Diabète de type 1 : destruction auto-immune des cellules β ; type 2 : insulinorésistance favorisée par le surpoids et la sédentarité.
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