L'existence humaine et la culture
La conscience
Cogito, conscience de soi et conscience morale
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- Distinguer conscience psychologique, conscience de soi et conscience morale
- Expliquer le cogito cartésien et ses conséquences, puis ses critiques (Hume, Nietzsche, Freud)
- Utiliser les repères médiat / immédiat et subjectif / objectif pour penser la connaissance de soi
- Montrer le rôle d'autrui dans la conscience de soi (Hegel, Sartre)
- Construire un plan sur des sujets comme « La conscience de soi est-elle une connaissance de soi ? »
1. Les sens du mot conscience
Le mot vient du latin cum scientia : « avec savoir ». Être conscient, c'est savoir ce que l'on fait, ce que l'on vit, ce que l'on est, au moment même où on le vit. Mais ce « savoir avec » prend plusieurs formes qu'il ne faut pas confondre.
- Conscience psychologique (ou spontanée) : le fait de percevoir le monde et ses propres états (« j'ai conscience qu'il fait froid »). On l'oppose au sommeil, à l'évanouissement.
- Conscience réfléchie, ou conscience de soi : le retour de l'esprit sur lui-même ; je sais que c'est moi qui perçois, pense, agis. C'est elle qui fait de l'homme un sujet.
- Conscience morale : la capacité de juger de la valeur de ses actes, de distinguer le bien et le mal (« avoir mauvaise conscience »).
Husserl, fondateur de la phénoménologie, insiste sur un trait essentiel : toute conscience est conscience de quelque chose. La conscience n'est pas une boîte qui contiendrait des images ; elle est un mouvement vers ses objets (je perçois cet arbre, je désire ce repos, je crains cet examen).
L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant.
Pascal en tire la grandeur paradoxale de l'homme : l'univers peut l'écraser, mais l'homme sait qu'il meurt, alors que l'univers ne sait rien de l'avantage qu'il a sur lui. Toute la dignité de l'homme consiste dans la pensée.
2. Le cogito : la conscience, première certitude
Descartes cherche un fondement absolument certain pour la connaissance. Il décide de douter de tout ce qui peut l'être : les sens (qui trompent parfois), le monde (je pourrais rêver), même les mathématiques (un Dieu trompeur ou un malin génie pourrait m'abuser).
Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais.
- Une certitude immédiate : au moment où je doute, je pense ; et pour penser, il faut être. Le doute lui-même prouve mon existence.
- Une définition du moi : je suis « une chose qui pense », c'est-à-dire qui doute, conçoit, affirme, nie, veut, imagine et sent.
- Une priorité de l'esprit sur le corps : je connais mon esprit plus facilement que mon corps, dont je peux encore douter. L'exemple du morceau de cire (Méditations, II) montre que même les corps sont connus par l'entendement, non par les sens.
[…] cette proposition : Je suis, j'existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit.
Pour Locke (Essai sur l'entendement humain), ce qui fait que je suis la même personne au fil du temps, ce n'est ni mon corps (qui change) ni une substance cachée, mais la conscience qui relie mes actions passées et présentes. Je suis responsable des actes dont j'ai conscience d'être l'auteur.
Le cogito établit que je suis, pas qui je suis. La certitude d'exister comme sujet pensant ne dit rien de mon caractère, de mes motivations, de mon histoire. Beaucoup de sujets jouent sur cette distinction entre conscience de soi et connaissance de soi.
3. La conscience est-elle transparente à elle-même ?
Dans les Nouveaux Essais sur l'entendement humain, Leibniz montre que nous percevons sans cesse plus que nous n'en avons conscience. Le bruit de la mer est fait du bruit de chaque vague, que nous n'entendons pas séparément ; chacune est une petite perception inaperçue, mais sans elles nous n'entendrions pas le tout. La conscience n'est que la partie émergée de la vie de l'esprit.
Dans le Traité de la nature humaine, Hume affirme que, lorsqu'il entre au plus intime de lui-même, il ne trouve jamais un « moi », mais toujours une perception particulière : chaud, froid, plaisir, douleur. Le moi n'est qu'un faisceau de perceptions qui se succèdent ; son unité est une construction de l'imagination.
Dans Le Gai Savoir (§ 354), Nietzsche soutient que la conscience s'est développée sous la pression du besoin de communiquer : elle ne retient de nous que ce qui est partageable, donc commun, moyen, superficiel. Ce que nous pensons consciemment de nous-mêmes est une traduction appauvrie de ce que nous sommes.
Pour Freud, une grande part de notre vie psychique est inconsciente : désirs refoulés, souvenirs oubliés, conflits qui se manifestent par des rêves, des lapsus, des symptômes. La conscience n'est pas le centre de l'esprit mais une instance parmi d'autres (voir la fiche « L'inconscient »).
Descartes et ses critiques
| Auteur | Thèse sur la conscience | Conséquence pour la connaissance de soi |
|---|---|---|
| Descartes | Certitude immédiate du sujet pensant | L’esprit est plus facile à connaître que le corps |
| Leibniz | Nous percevons sans le savoir (petites perceptions) | Une part de l’esprit échappe à la conscience |
| Hume | Le moi est un faisceau de perceptions | Il n’y a pas de « moi » à connaître, seulement un flux |
| Nietzsche | La conscience naît du besoin de communication | Elle ne livre de nous que le commun et le superficiel |
| Freud | L’essentiel du psychisme est inconscient | Se connaître exige un détour (l’analyse) |
Tu es persuadé de choisir les études de médecine « pour aider les autres ». Un ami remarque que tes deux parents sont médecins et que tu as toujours voulu les rendre fiers. Ta conscience te donnait une raison sincère ; elle n'était peut-être pas la seule, ni la plus déterminante. Être conscient de son choix ne signifie pas connaître toutes ses causes : c'est la différence entre l'immédiat (ce que je sens) et le médiat (ce que je découvre par un détour, une réflexion, le regard d'autrui).
4. Conscience de soi et autrui
Pour Hegel, l'homme ne se contente pas d'être ; il veut se savoir. Il prend conscience de lui-même en se reconnaissant dans ce qu'il produit : l'enfant qui jette des pierres dans l'eau et admire les ronds qui s'y forment contemple une œuvre où il voit sa propre action. Plus profondément, la conscience de soi exige d'être reconnue par une autre conscience : c'est le sens de la dialectique du maître et de l'esclave.
Dans L'Être et le Néant, Sartre analyse la honte : je suis penché à une serrure, absorbé, sans conscience de moi ; soudain j'entends des pas. Je me vois alors tel qu'autrui me voit. Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même : il me révèle une dimension de mon être que je ne peux saisir seul.
Rousseau, dans l'Émile (« Profession de foi du vicaire savoyard »), fait de la conscience un sentiment intérieur et infaillible du bien et du mal, antérieur à tout raisonnement. Pour Kant, elle est un tribunal intérieur où je suis à la fois accusé et juge. À l'inverse, Nietzsche voit dans la « mauvaise conscience » le résultat de pulsions retournées contre soi, et Freud, l'intériorisation des interdits parentaux (le surmoi).
Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix.
La conscience morale permet de relier la notion au devoir et à la liberté. Un sujet sur la responsabilité (« Suis-je responsable de ce dont je n'ai pas conscience ? ») mobilise à la fois Locke, Freud et Sartre.
5. Sujets possibles et liens
Problème : la conscience me donne un accès immédiat à moi-même, que personne d'autre n'a ; mais cet accès immédiat est peut-être la source même de mes illusions sur moi.
- I. La conscience de soi est une connaissance certaine : le cogito (Descartes), l'identité personnelle (Locke).
- II. Mais elle n'est pas connaissance de ce que je suis : petites perceptions (Leibniz), faisceau (Hume), inconscient (Freud), superficialité (Nietzsche).
- III. La connaissance de soi est une tâche médiate : elle passe par autrui (Sartre), par ce que je produis (Hegel), par la réflexion sur mes actes. La conscience en est la condition, non l'achèvement.
- I. Oui : roseau pensant (Pascal), sujet capable de réflexion et de responsabilité.
- II. Mais elle fait aussi sa misère : savoir qu'on va mourir, l'angoisse, la mauvaise conscience (Nietzsche).
- III. Grandeur et misère sont indissociables : c'est en reconnaissant sa misère que l'homme est grand (Pascal) ; la conscience est une exigence plus qu'un privilège.
- Peut-on se mentir à soi-même ?
- Autrui me connaît-il mieux que je ne me connais ?
- Suis-je ce que j'ai conscience d'être ?
- La conscience est-elle un obstacle au bonheur ?
- Faut-il suivre sa conscience ?
Liens avec d’autres notions
| Notion | Point de contact |
|---|---|
| L’inconscient | Limites de la conscience ; responsabilité |
| Le devoir | Conscience morale, tribunal intérieur (Kant), sentiment (Rousseau) |
| La vérité | Le cogito comme première vérité |
| Le temps | La conscience comme mémoire et projet ; la durée (Bergson) |
| La liberté | Conscience et choix ; mauvaise foi (Sartre) |
| Le langage | Nietzsche : la conscience naît du besoin de communiquer |
L’essentiel à retenir
- Trois sens : conscience psychologique (percevoir), réfléchie (se savoir sujet), morale (juger le bien et le mal).
- Husserl : toute conscience est conscience de quelque chose (intentionnalité).
- Descartes : « je pense, donc je suis », première certitude résistant au doute radical.
- Le cogito établit que je suis, pas qui je suis : conscience de soi n'est pas connaissance de soi.
- Locke : l'identité personnelle repose sur la conscience et la mémoire.
- Leibniz (petites perceptions), Hume (faisceau), Nietzsche (conscience superficielle), Freud (inconscient) : la conscience n'est pas transparente.
- Hegel et Sartre : la conscience de soi passe par autrui et par ce que l'on produit.
- Rousseau : la conscience morale est un sentiment infaillible ; Kant : un tribunal intérieur.
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