Constitution et transformations de la matière

Dosages par étalonnage : spectrophotométrie et conductimétrie

Loi de Beer-Lambert, loi de Kohlrausch et droites d’étalonnage

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Ce que tu dois savoir faire
  • Relier la couleur d'une solution au spectre d'absorption et choisir la longueur d'onde de travail
  • Utiliser la loi de Beer-Lambert et en connaître le domaine de validité
  • Utiliser la loi de Kohlrausch en respectant les unités SI
  • Réaliser et exploiter une droite d'étalonnage pour déterminer une concentration (ECE)
  • Identifier un groupe caractéristique sur un spectre infrarouge
  • Exploiter la loi des gaz parfaits pour déterminer une quantité de gaz

1. Absorbance et spectre d’absorption

Une solution colorée absorbe une partie de la lumière blanche qui la traverse. Ce que tu vois, c'est la lumière qui n'a pas été absorbée : la solution a la couleur complémentaire de celle qu'elle absorbe le plus. Une solution de permanganate de potassium (le « Dakin » est un antiseptique qui en contient) absorbe surtout le vert : elle paraît violette.

Définition — Absorbance

Le spectrophotomètre envoie une lumière monochromatique d'intensité sur la cuve et mesure l'intensité transmise. L'absorbance est

C'est une grandeur sans unité, positive. Elle dépend de l'espèce dissoute, de sa concentration, de la longueur d'onde , de l'épaisseur traversée et de la température.

Principe du spectrophotomètre

Source lumière blanche monochromateur (choix de λ) I₀ cuve ℓ I < I₀ Détecteur A

On fait d'abord le blanc avec une cuve de solvant seul : l'appareil affiche alors , et seule l'espèce étudiée contribue ensuite à la mesure.

4004404805205606006406800,20,40,60,8λmax ≈ 530 nmA(λ), permanganate (modèle)

Spectre d'absorption simplifié d'une solution d'ions permanganate : en nm en abscisse, en ordonnée. Le maximum se situe dans le vert : la solution est perçue violette (magenta).

Couleur absorbée et couleur perçue (approximatif)

Domaine absorbéλ (nm)Couleur perçue
violet400 – 430jaune-vert
bleu430 – 490jaune-orangé
vert490 – 560magenta (pourpre)
jaune560 – 590bleu-violet
rouge620 – 750bleu-vert (cyan)
Méthode — Choisir la longueur d’onde de travail

On se place au maximum d'absorption : l'absorbance y est la plus grande, donc la mesure est la plus sensible, et une petite erreur sur le réglage de change peu (le spectre y est « plat »).

2. La loi de Beer-Lambert

À connaître

en cm, en , (coefficient d'absorption molaire) en ; sans unité.

Propriété — Ce que dit la loi

À longueur d'onde et épaisseur fixées, l'absorbance est proportionnelle à la concentration de l'espèce colorée : avec .

  • Elle n'est valable que pour des solutions diluées (en pratique et inférieure à environ selon l'appareil).
  • Si plusieurs espèces absorbent à la même longueur d'onde, les absorbances s'additionnent : .
Exemple — Calcul direct

Une solution de bleu patenté (colorant alimentaire) a une absorbance à nm dans une cuve de cm. Avec :

Deux chiffres significatifs, comme la donnée la moins précise ().

Piège fréquent

n'est pas une constante universelle de l'espèce : elle dépend de la longueur d'onde (c'est même tout le spectre), du solvant et de la température. Une droite d'étalonnage n'est utilisable que pour la longueur d'onde et l'appareil avec lesquels elle a été tracée.

3. Dosage par étalonnage spectrophotométrique

Doser une espèce, c'est déterminer sa concentration. Un dosage par étalonnage compare la solution inconnue à des solutions de concentrations connues, sans transformer l'espèce : c'est une méthode non destructive.

Méthode — Protocole (épreuve pratique)
  1. Préparer une gamme d'étalonnage : des solutions filles de concentrations connues, par dilution d'une solution mère (pipette jaugée + fiole jaugée ; ).
  2. Régler le spectrophotomètre à et faire le blanc avec le solvant.
  3. Mesurer l'absorbance de chaque solution étalon, puis tracer .
  4. Modéliser : si les points sont alignés avec l'origine, la loi de Beer-Lambert est vérifiée et .
  5. Mesurer pour la solution inconnue dans les mêmes conditions, puis en déduire (par le calcul, plus précis que la lecture graphique).
204060801000,050,10,150,20,250DakinA = 2,40×10⁻³ × c

Droite d'étalonnage des ions permanganate à nm : en en abscisse. Le Dakin, d'absorbance , a pour concentration .

Exemple — Contrôle qualité du Dakin

La modélisation donne . Pour :

En concentration en masse, avec : , soit g pour mL : conforme à l'étiquette.

Conseil bac

La solution inconnue doit avoir une absorbance comprise dans la gamme : on ne prolonge jamais une droite d'étalonnage au-delà du dernier étalon (rien ne garantit que la loi reste linéaire). Si est trop grande, on dilue la solution, on mesure, et on n'oublie pas de multiplier par le facteur de dilution à la fin.

4. Conductimétrie et loi de Kohlrausch

Définition — Conductivité

Une solution contenant des ions conduit le courant. Sa conductivité , en siemens par mètre (), se mesure avec un conductimètre préalablement étalonné. Une solution ne contenant que des molécules (sucre, éthanol) a une conductivité quasi nulle.

À connaître

Loi de Kohlrausch (solutions diluées) : conductivité molaire ionique en , en .

Conductivités molaires ioniques à 25 °C

Ion ()Ion ()
Piège fréquent

Les unités SI imposent les concentrations en : (il y a L dans ). Oublier cette conversion fausse le résultat d'un facteur . Et S.

Propriété — Pour un seul soluté ionique

Pour une solution de chlorure de sodium de concentration : .
La conductivité est donc proportionnelle à : on peut doser par étalonnage exactement comme en spectrophotométrie, en traçant .

12345678910204060801001200sérum diluéσ = 12,64 × c

Étalonnage conductimétrique du chlorure de sodium : en (donc en ) en abscisse, en en ordonnée.

Exemple — Le sérum physiologique

Le sérum physiologique est annoncé à de \ce{NaCl}. Trop concentré pour la loi de Kohlrausch, on le dilue 20 fois. La solution diluée a .

Soit dans la solution diluée, donc dans le sérum, et : écart de avec l'étiquette.

5. Spectroscopie infrarouge

Une molécule absorbe certains rayonnements infrarouges : ils font vibrer ses liaisons. Chaque type de liaison absorbe dans un domaine assez précis, ce qui permet d'identifier les groupes caractéristiques d'une molécule.

Définition — Lecture d’un spectre IR

En abscisse : le nombre d'onde , en , décroissant de gauche à droite (de à environ). En ordonnée : la transmittance (en %). Une bande d'absorption est donc un « creux » vers le bas.

Bandes à connaître (fournies au bac, mais à savoir reconnaître)

Liaison ()Allure
O–H alcool (lié)3200 – 3400forte et large
O–H acide carboxylique2500 – 3200forte, très large
N–H amine, amide3100 – 3500moyenne
C–H2800 – 3000moyenne à forte, fine
C=O (aldéhyde, cétone, acide, ester, amide)1650 – 1750forte et fine
C=C1620 – 1680moyenne

Spectre infrarouge d’un acide carboxylique

4000 3000 2000 1000 nombre d'onde σ (cm⁻¹) — décroissant vers la droite 100 % 0 % T O–H d'acide très large, 2500–3200 C=O ≈ 1710 Spectre IR (allure) de l'acide éthanoïque

La signature d'un acide carboxylique : une bande O–H très large qui « mange » la zone des C–H, et une bande C=O fine et intense vers .

Méthode — Identifier une famille
  1. Regarder d'abord la zone – : une bande forte signale un C=O.
  2. Regarder ensuite au-dessus de : bande large O–H (alcool vers , acide de à ), ou N–H.
  3. Croiser : C=O seul → aldéhyde, cétone ou ester ; C=O + O–H très large → acide carboxylique ; O–H seul → alcool ; C=O + N–H → amide.
Exemple — Suivre une oxydation

On oxyde l'éthanol en acide éthanoïque. Sur le spectre du produit, la bande O–H d'alcool vers a disparu au profit d'une bande très large entre et , et une bande C=O est apparue vers : la transformation a bien eu lieu.

6. Espèces gazeuses : la loi des gaz parfaits

À connaître

en Pa, en , en mol, en kelvins (), .

Propriété — Suivre une transformation par la pression

Dans un récipient fermé de volume et de température fixés, la pression d'un gaz est proportionnelle à sa quantité de matière. Mesurer l'augmentation de pression due à un gaz formé permet donc d'en déduire la quantité produite : .

Exemple — Un comprimé effervescent

Un comprimé effervescent contient de l'hydrogénocarbonate de sodium, qui libère du dioxyde de carbone au contact de l'acide citrique dans l'eau. Dans un flacon fermé ( L, ), la pression augmente de Pa :

Piège fréquent

Les deux erreurs qui coûtent tous les points : le volume en litres au lieu de (), et la température en degrés Celsius au lieu de kelvins.

L’essentiel à retenir

  1. , sans unité ; on travaille à après avoir fait le blanc.
  2. Une solution a la couleur complémentaire de celle qu'elle absorbe le plus.
  3. Beer-Lambert : , valable pour des solutions diluées ; les absorbances s'additionnent.
  4. Kohlrausch : avec en ().
  5. Dosage par étalonnage : gamme connue → droite (ou ) → , en restant dans la gamme.
  6. Si on a dilué l'échantillon, on multiplie la concentration trouvée par le facteur de dilution.
  7. IR : C=O vers – ; O–H alcool large vers ; O–H acide très large –.
  8. Gaz parfait : en unités SI (Pa, , K).

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