La politique et la morale

La liberté

Libre arbitre, déterminisme, liberté politique

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Ce que tu dois savoir faire
  • Distinguer libre arbitre, liberté d'indifférence, autonomie et liberté politique
  • Distinguer déterminisme et fatalisme, contrainte et obligation
  • Confronter la thèse du libre arbitre (Descartes, Sartre) à sa critique (Spinoza)
  • Expliquer la liberté politique chez Montesquieu, Rousseau et Mill
  • Penser le consentement libre et éclairé en médecine et ses difficultés

1. Définitions et distinctions

Être libre, pense-t-on d'abord, c'est faire ce qu'on veut. Mais l'enfant qui mange tous les bonbons, le fumeur qui allume une cigarette « parce qu'il en a envie » sont-ils libres ? Et si nos envies elles-mêmes avaient des causes que nous ignorons ?

Plusieurs sens de la liberté

NotionDéfinition
Liberté d'actionabsence d'obstacle extérieur : pouvoir faire ce qu'on a décidé (le prisonnier en est privé).
Libre arbitrepouvoir de la volonté de se déterminer elle-même, de choisir entre plusieurs possibles sans y être contrainte.
Liberté d'indifférencechoisir sans aucune raison de préférer une option à l'autre.
Autonomiese donner à soi-même sa loi (du grec autos, soi-même, et nomos, la loi) ; son contraire est l'hétéronomie.
Liberté politiqueensemble des droits garantis par la loi dans une société (penser, s'exprimer, se réunir, voter).
Définition — Déterminisme et fatalisme

Le déterminisme est la thèse selon laquelle tout événement a des causes qui le produisent nécessairement : dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent les mêmes effets. C'est le postulat des sciences.

Le fatalisme affirme que ce qui doit arriver arrivera quoi que l'on fasse. Il est l'inverse du déterminisme : pour le déterministe, mon action est l'une des causes qui produisent le futur ; pour le fataliste, elle ne change rien.

Piège fréquent

Confondre déterminisme et fatalisme est le contresens le plus fréquent sur cette notion. Le médecin est déterministe (une infection a des causes, un antibiotique la traite) et précisément pour cela il n'est pas fataliste : connaître les causes permet d'agir sur elles.

Conseil bac

Repères du programme utiles ici : contingent / nécessaire / possible (est contingent ce qui pourrait ne pas être, nécessaire ce qui ne peut pas ne pas être) et obligation / contrainte (l'obligation morale suppose la liberté, la contrainte la nie).

2. Sommes-nous libres ? Le libre arbitre en question

Définition — Descartes : la liberté se sent

Pour Descartes (Méditations métaphysiques, IV, 1641), le libre arbitre est une évidence de l'expérience intérieure : je sens que je peux affirmer ou nier, poursuivre ou fuir. Ma volonté est si étendue qu'elle est ce qui me rend le plus semblable à Dieu.

Mais Descartes ajoute que choisir sans raison, par indifférence, est « le plus bas degré de la liberté » : il marque un défaut de connaissance. Je suis d'autant plus libre que je vois clairement le vrai et le bien et que je m'y porte. La liberté éclairée vaut mieux que le caprice.

Définition — Spinoza : l’illusion du libre arbitre

Pour Spinoza, tout ce qui existe est déterminé par des causes. Les hommes se croient libres parce qu'ils sont conscients de leurs désirs mais ignorants des causes qui les déterminent. Dans une lettre à Schuller, il imagine une pierre lancée qui, si elle était consciente, croirait continuer son mouvement par sa propre volonté. L'ivrogne croit parler librement, le bavard croit choisir de parler.

La vraie liberté n'est donc pas d'échapper à la nécessité, mais de la comprendre : est libre celui qui agit d'après la nécessité de sa propre nature, guidé par la raison, et non sous l'effet de causes extérieures qu'il subit sans les comprendre.

Descartes et Spinoza

QuestionDescartesSpinoza
Le libre arbitre existe-t-il ?oui, c'est une évidence intérieurenon, c'est une illusion
Que vaut le sentiment de liberté ?une preuvele signe de notre ignorance des causes
Qu'est-ce qu'être vraiment libre ?se porter vers le bien qu'on connaît clairementagir selon sa propre nature en comprenant la nécessité
Rôle de la connaissanceéclaire la volontélibère des passions
Exemple — En médecine : l’addiction

La personne dépendante au tabac ou à l'alcool veut consommer : elle agit selon son désir, sans contrainte extérieure. Pourtant, chacun sent qu'elle n'est pas libre. Les neurosciences décrivent comment la substance modifie le circuit de la récompense. L'addiction illustre la thèse de Spinoza : faire ce qu'on désire n'est pas être libre, si ce désir est produit par des causes qu'on subit. Et la thérapie montre aussi qu'on peut regagner de la liberté en comprenant ces mécanismes.

3. Sartre : condamnés à être libres

L'existence précède l'essence.

— Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme (1946)

Un coupe-papier a été conçu avant d'être fabriqué : son essence (ce qu'il est, sa fonction) précède son existence. Pour l'homme, dit Sartre, c'est l'inverse : il existe d'abord, il surgit dans le monde, et il se définit ensuite par ses actes. Il n'y a pas de nature humaine qui fixerait d'avance ce que je dois être.

L'homme est condamné à être libre.

— Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme (1946)
Définition — Liberté, responsabilité, mauvaise foi

Condamné : je n'ai pas choisi d'être libre, et je ne peux pas cesser de l'être ; même ne pas choisir, c'est encore choisir. Cette liberté entraîne une responsabilité totale : je ne peux pas m'excuser par mon caractère, mon milieu, mes passions.

La mauvaise foi consiste à se mentir à soi-même pour fuir cette liberté : se prendre pour une chose déterminée. Dans L'Être et le Néant (1943), Sartre décrit un garçon de café qui joue son rôle avec une application excessive, comme s'il n'était que garçon de café, à la manière dont un encrier est un encrier.

Piège fréquent

Sartre ne dit pas que tout est possible ni qu'on choisit sa situation (son corps, sa classe sociale, une maladie). Il dit qu'on choisit toujours le sens qu'on donne à sa situation et la manière d'y répondre. C'est ce qu'il appelle la liberté en situation.

4. La liberté politique

La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent.

— Montesquieu, De l’esprit des lois, livre XI, chapitre 3 (1748)

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.

— Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, Article 4 (1789)

Ces deux formules ont un point commun : la liberté politique n'est pas l'absence de lois, mais une liberté garantie et limitée par la loi. Sans loi, la liberté de chacun dépend de la force des autres. Rousseau va plus loin : la liberté civile consiste à obéir à la loi que l'on s'est soi-même prescrite comme membre du peuple souverain.

Définition — Mill : le principe de non-nuisance

Dans De la liberté (1859), John Stuart Mill soutient que la seule raison légitime de contraindre un individu contre sa volonté est d'empêcher qu'il nuise à autrui. Son propre bien, physique ou moral, n'est pas une justification suffisante : on peut le conseiller, le raisonner, pas le forcer. Sur lui-même, sur son corps et son esprit, l'individu est souverain.

Définition — Kant : la liberté comme autonomie

Pour Kant (Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785), être libre, ce n'est pas suivre ses penchants (ce serait obéir à la nature, donc être hétéronome) ; c'est obéir à la loi morale que ma raison se donne à elle-même. Paradoxe apparent : c'est en agissant par devoir que je suis le plus libre.

Liberté négative et liberté positive (Isaiah Berlin)

AspectLiberté négativeLiberté positive
Questiondans quelle mesure suis-je laissé tranquille ?qui me gouverne ?
Définitionabsence d'interférence d'autruimaîtrise de soi, participation à la loi
Auteurs prochesMill, MontesquieuRousseau, Kant
Dangerindifférence aux conditions réelles d'exerciceprétexte à imposer à chacun son « vrai » bien

5. Liberté et consentement en médecine

Définition — Le consentement libre et éclairé

Le Code de Nuremberg (1947) fait du consentement volontaire la condition de toute expérimentation sur l'être humain. En France, la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades pose qu'aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne, consentement qu'elle peut retirer à tout moment. Le patient peut refuser un traitement, même vital ; le médecin doit alors l'informer des conséquences et respecter sa décision.

Propriété — Les deux conditions
  • Libre : sans pression, sans menace, sans dépendance qui fausse le choix (problème des essais rémunérés, des personnes détenues, de la relation d'autorité médecin-patient).
  • Éclairé : après une information loyale, claire et appropriée sur les bénéfices, les risques et les alternatives. Un consentement sans compréhension n'est qu'une signature.
Exemple — Paternalisme ou autonomie ?

Pendant des siècles, la médecine a été paternaliste : le médecin décidait pour le bien du malade, comme un père pour son enfant. La bioéthique contemporaine place au centre l'autonomie du patient. Mais des situations difficiles demeurent :

  • un patient inconscient : on recherche ses directives anticipées ou l'avis de sa personne de confiance ;
  • un mineur : ses parents consentent, mais son avis doit être recherché ;
  • la fin de vie : la loi Claeys-Leonetti (2016) permet, dans certaines conditions, une sédation profonde et continue jusqu'au décès ; la question d'une aide active à mourir fait l'objet de débats publics et parlementaires.

Ces cas montrent les deux visages de la liberté : liberté négative (qu'on ne m'impose rien) et liberté positive (avoir les moyens réels de décider : information, accompagnement, temps).

Piège fréquent

Le refus de soins pose un vrai problème philosophique : respecter la liberté d'un patient qui refuse une transfusion vitale, c'est accepter sa mort possible ; le transfuser de force, c'est le traiter comme un objet. Ne tranche pas trop vite : montre la tension entre le devoir de soigner et le respect de l'autonomie.

6. Sujets de dissertation et liens entre notions

Méthode — Sujet 1 — « Être libre, est-ce faire ce que l'on veut ? »
  1. Oui, en première approche : la liberté d'action est l'absence d'obstacle à ma volonté.
  2. Mais je peux vouloir ce qui m'asservit (addiction, passions) : faire ce qu'on désire, c'est souvent obéir à des causes ignorées (Spinoza).
  3. Être libre, c'est vouloir ce que la raison reconnaît comme bon : autonomie (Kant), nécessité comprise (Spinoza), liberté éclairée (Descartes).
Méthode — Sujet 2 — « La liberté s'oppose-t-elle à la loi ? »
  1. La loi limite et contraint : elle semble l'ennemie de la liberté naturelle.
  2. Mais sans loi, la liberté de chacun est menacée par celle des autres : la loi la garantit (Montesquieu, DDHC) ; obéir à la loi qu'on s'est prescrite est liberté (Rousseau).
  3. Reste à fixer la limite de la loi : elle ne doit contraindre que pour empêcher de nuire à autrui (Mill) — question du consentement médical.
Méthode — Sujet 3 — « La connaissance de ce qui nous détermine nous rend-elle libres ? »
  1. Savoir que nous sommes déterminés semble ruiner l'idée de liberté (déterminisme, neurosciences).
  2. Mais connaître les causes, c'est pouvoir agir sur elles : déterminisme n'est pas fatalisme (le médecin, l'addiction soignée) ; Spinoza : comprendre libère.
  3. La connaissance ne suffit pas : il faut encore choisir le sens de sa situation (Sartre) et disposer des conditions sociales de la liberté.

Liens avec les autres notions

NotionQuestion de liaison
L'inconscientSi nous sommes déterminés par l'inconscient, sommes-nous responsables ?
Le devoirAutonomie : obéir à la loi morale, est-ce être libre ?
L'ÉtatLiberté naturelle, liberté civile, liberté politique.
La scienceDéterminisme scientifique et libre arbitre.
La natureExiste-t-il une nature humaine qui limite notre liberté (Sartre) ?

L’essentiel à retenir

  1. Libre arbitre : pouvoir de choisir ; autonomie : se donner sa propre loi ; liberté politique : droits garantis par la loi.
  2. Le déterminisme (tout a des causes) n'est pas le fatalisme (tout arrivera quoi que je fasse).
  3. Descartes : le libre arbitre est une évidence ; l'indifférence est « le plus bas degré de la liberté ».
  4. Spinoza : nous nous croyons libres parce que nous ignorons les causes de nos désirs ; la liberté est la nécessité comprise.
  5. Sartre : « l'existence précède l'essence », « l'homme est condamné à être libre » ; la mauvaise foi fuit cette liberté.
  6. Montesquieu, DDHC : la liberté est garantie et limitée par la loi ; Mill : on ne contraint que pour empêcher de nuire à autrui.
  7. Kant : être libre, c'est obéir à la loi morale que ma raison se donne (autonomie).
  8. Médecine : le consentement doit être libre (sans pression) et éclairé (informé) ; le patient peut refuser un traitement.

Et pour t’entraîner : 10 QCM corrigés et 3 exercices type bac, avec indices et corrections rédigées.

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